FRANCHISE POSTALE

Au début je me suis mis à rire et me suis demandé comment cette lettre en franchise postale de Thiviers en Dordogne a pu arriver à destination?! Mairie de Strasbourg, Service Sanitaire, Rue Antoine Gadaud à Périgueux! Eh bien si, c'est possible et très probable même. Pour une fois j'ai eu un déclic, une illumination, oui ça m'arrive. Regardons bien la date. Nous sommes en 1940 et l'Alsace est occupée. Beaucoup de nos concitoyens se sont en quelque sorte expatriés. Beaucoup d'alsaciens ont vécu cette guerre à Périgueux et je crois même savoir qu'un de nos membres y est né. Si je me trompe vous me corrigerez, je n'ai aucun doute. Par contre je ne sais pas ce que veut dire cette mention manuscrite en bleu. Avez-vous des explications? Il n'y a rien au verso de la lettre.

Perigueux

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Réponse de notre Bernard, alias Don Bernardo, une pointure en matière de connaissances:

Bonjour tout le monde,

 
Puisque le lien évoque "un de nos membres" né à Périgueux, je me sens autorisé à tenir des propos personnels - une fois n'est pas coutume...
 
Effectivement, dès la déclaration de guerre début septembre 1939, les populations qui résidaient à l'avant de la Ligne Maginot (dont celle de Strasbourg) ont été "évacuées" par chemin de fer vers le Sud-Ouest. Idem pour les services publics qui, eux, étaient "repliés" selon la terminologie en usage. Evacuation planifiée et organisée quoique assez bordélique quand même - mais rien à voir avec l'exode éperdu et massif des populations sur les routes de France lors de l'offensive allemande en mai-juin 1940.
 
C'est ainsi que ma famille s'est retrouvée, comme un demi-million d'Alsaciens (sans parler des Lorrains, Ardennais, etc), installée dans des logements plus ou moins de fortune à Bergerac, dans des conditions de confort qui ressemblaient à celles de Strasbourg un ou deux siècles plus tôt... D'autres familles se sont retrouvés à Périgueux, Clairvivre, Hautefort, etc... - bref, toutes les villes qui ont donné par la suite leur nom à des rues du quartier craignos du Neuhof. Mon père mobilisé était affecté à la poudrerie de Bergerac, ma mère travaillait à la poste, et mes soeurs (une quinzaine d'années toutes les deux) à leurs études. La Mairie de Strasbourg, elle, était "repliée" à Périgueux (où je suis né en avril 1940). Longtemps après, j'ai invité l'unique soeur qui me restait à se joindre à moi pour une virée en Périgord: refus catégorique! Il faut croire que cette période n'avait pas été que du bonheur...
 
Les civils ont pu réintégrer leurs foyers durant l'été et l'automne 1940 - foyers situés désormais en zone occupée, en attendant l'annexion de fait au Reich en novembre 1940: le choc! Et le pire restait à venir... Quant à l'université, elle s'était repliée à Clermont-Ferrand, d'où elle a massivement refusé de revenir à Strasbourg après l'armistice de juin 1940: épine douloureuse dans le pied de l'occupant... Si bien que le 23 novembre 1943 (un an après que la Zone libre ait été occupée à son tour), l'université a été raflée par la Gestapo et la Wehrmacht - arrestations, internement en camps de travail (certains des enseignants que j'ai eus en étaient revenus), voire incorporation forcée: on connaît la suite... Epoque terrible...
 
Tout cela est assez bien restitué sur Wikipedia.
Bonne journée
 
Bernard
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Merci Bernard. Voici un extrait de Wikipedia qui confirme bien tes dires, de toute façon je n'en doutais pas. L'histoire des alsaciens-mosellans est comme je le constate toujours méconnue.

En 1939, à la suite de l'avancée des forces allemandes en Alsace et en Lorraine, les habitants de ces deux régions sont évacués et répartis dans le Centre-Ouest et le Sud-Ouest de la France[87]. Le 4 septembre 1939, le docteur Félix Gadaud, sénateur-maire de Périgueux annonce l'arrivée de réfugiés alsaciens « à la cadence de 3 000 par jour »[88].

Périgueux accueille ainsi, dès le 5 septembre 1939, des milliers de Strasbourgeois[Note 3] ; la mairie de Strasbourg s'installe au 2 rue Voltaire, dans les locaux de la Chambre de commerce[90],[91]. Les services administratifs repartent à Strasbourg en juillet 1940, mais le maire, Charles Frey, reste à Périgueux jusqu'au 28 novembre 1944[90].

Pour les intéressés, voici toute l'histoire de Périgeux qui n'est pas uniquement connu que pour son imprimerie de timbres-poste par les philatélistes:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_P%C3%A9rigueux